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Les circuits courts

jeudi 23 février 2012

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Sommaire

« MOINS et MIEUX… Guide de consommation responsable »

Éditions Penser la vie autrement, avril 2011
300 p., 12 euros.

Coordonné par Marie-Noëlle Budini, voilà un guide fourmillant d’informations, de conseils pratiques et d’adresses pour aider à mieux faire ses achats. Fidèle à la vision soutenue par Action Consommation pendant dix ans, son originalité est d’inviter à limiter ses achats, les différer, y chercher des alternatives ou même y renoncer. Il donne également de nombreuses pistes afin d’agir, individuellement ou collectivement, pour préserver sa santé, défendre les droits et la dignité des êtres humains, protéger la vie sur Terre et se relier toujours davantage aux autres.

Pour découvrir le sommaire du guide, en lire quelques extraits et éventuellement le commander, on se rendra sur le site des éditions Penser la vie autrement : penserlavieautrement.over-blog.com

Avant-propos du guide

Oui, encore un guide !

Couverture versoIl peut arriver que la parution d’un guide, au-delà de son objectif premier qui consiste à informer un public plus ou moins pressé, serve de surcroît à fêter un anniversaire. En 2011, Action Consommation a dix ans. Dix ans passés à marcher sur les sentiers semés d’embûches menant vers la lointaine « consommation responsable ». Oui, lointaine est encore la consommation affublée de ce vocable étrange. Nous avons certes aidé à la discerner mieux. C’est le mieux que l’on pouvait faire puisque, voilà dix ans, personne n’osait même l’évoquer. Cependant, ne nous y trompons pas : aujourd’hui, presque tout le monde la connaît, mais bien peu la fréquente vraiment.

La décennie qui vient de s’écouler sera identifiée demain comme celle de la dénonciation des « tares du consommationnisme ». Ce système socio-économique, désormais omnipotent, a pour objectif cardinal de nous faire consommer sans cesse davantage sans que nous ayons à nous préoccuper le moins du monde des impacts de notre consommation tant en amont qu’en aval, des comportements toujours plus individualisés par lesquels nous satisfaisons des besoins dont la définition nous échappe largement. Le début de cette décennie que l’on voudrait décisive coïncidait avec la parution toute récente, à la fois, du pertinent rapport de Patrick Viveret titré « Reconsidérer la richesse » et du livre de Naomi Klein intitulé « No logo » et sous-titré « La tyrannie des marques ». Plus tard vint « Putain de ta marque » de Paul Ariès, réquisitoire implacable contre les méfaits de l’emprise du discours publicitaire sur la construction personnelle des enfants et des adolescents. Ce n’est pas un hasard si ces trois auteurs comptent parmi les membres d’honneur d’Action Consommation. Entre-temps, était paru « Les coulisses de la Grande Distribution » de Christian Jacquiau, autre réquisitoire sans concessions contre un système largement responsable de la destruction progressive du « modèle social français ». Tous ces ouvrages participent assurément à la prise de conscience qu’il nous faut sortir du piège constitué par la fuite en avant consommationniste. Et le cinéma s’en mêla de percutante façon. On citera pêle-mêle « Homo toxicus » de Carole Poliquin, « Notre pain quotidien » de Nikolaus Geyrhalter, « Nos enfants nous accuserons » de Jean-Paul Jaud, « We feed the world » de Erwin Wagenhofer, « Solutions locales pour un désordre global » de Coline Serreau, « Small is beautiful » d’Agnès Fouilleux, sans oublier « Notre poison quotidien » que nous offre cette année Marie-Monique Robin après « Le monde selon Monsanto ». Tous ces longs métrages, dont certains ont été soutenu par Action Consommation, ont incontestablement contribué à dévoiler l’ampleur des dégâts sociaux et environnementaux de la mal bouffe, de l’agriculture chimique, de l’organisation commerciale du monde, des dérives de la techno-science. Répondant à ces préoccupations nouvelles du grand public, les chaînes de télévision teintent désormais leurs programmes d’orientations nouvelles. Citons ainsi « Du poison dans l’eau du robinet » De Sophie Le Gall, « Assiette tous risques » de l’émission Pièces à conviction, « Prêt à jeter (l’obsolescence programmée) » de Cosima Dannoritzer, reportages diffusés ces derniers mois comme pour confirmer l’ampleur annoncée d’un mouvement de fond trop longtemps contenu.

Alors, on ne doit pas s’étonner qu’une part croissante de nos concitoyens souhaitent consommer autrement ; soient plus attentifs à la qualité de leur alimentation, s’intègrent à des circuits courts d’approvisionnement en plein essor, n’achètent plus sans s’informer. Ces postures nouvelles ne sont pas des modes ; elles ne peuvent que gagner en importance à mesure que les études scientifiques en cours et à venir révéleront le potentiel de dangerosité mise en œuvre tout au long de la seconde moitié du vingtième siècle par la chimie de synthèse très insuffisamment contrôlée. On s’étonnera encore moins que les principaux décideurs de l’économie dominante prédatrice s’emparent de la question. Désormais, toutes les enseignes de la Grande distrib’, tous les groupes multinationaux de l’agroalimentaire ou des cosmétiques communiquent luxueusement là-dessus. C’est de notoriété publique maintenant : toutes les banques s’engagent à fond dans le développement durable. Le marketing commercial, bras idéologiquement armé du consommationnisme, s’est plus ou moins habilement emparé de ces questions graves pour les vider de leur substance et s’en servir comme argument de vente. Nous nommons cette branche particulière du marketing le green washing ou encore l’écolo-blanchiment. Et ils en ont des choses à blanchir à en croire les plaquettes polychromes en papier glacé fièrement brandies. Dans cet apparent consensus pour le sauvetage de la planète et pour la santé du consommateur les pouvoirs publics ne sauraient être en reste. Eux aussi communiquent pour nous persuader qu’ils ont enfin pris la mesure de tous les enjeux environnementaux du temps présent. Comme les acteurs économiques, ils nous parlent de plus en plus de proximité. Dans un ultime effort, ils nous parleront demain de décroissance. Une analyse un peu attentive de ce matraquage destiné à noyer le poisson de leur immobilisme révèle que nous avons ici affaire à la promotion d’une consommation simplement raisonnée. Simplement et vaguement.

On nous refait le coup de l’agriculture raisonnée mais sans appellation officielle cette fois.

La consommation responsable, c’est tout autre chose. Une chose en devenir. Une chose qui n’a rien à voir avec « la Révolution du brossage de dents » pour reprendre la formule d’Aurélien Bernier. Ça ne consiste pas seulement à s’imposer quelques écogestes quotidiens ou à veiller de près au contenu de son assiette et à celle de ses enfants. Si l'on définit la consommation responsable comme l'ensemble des pratiques et mentalités, inscrites dans le temps et l'espace, par lesquelles les individus et les institutions se servent de leur pouvoir d'acheter – ou de ne pas acheter – et de leur capacité d'action quotidienne et durable pour inverser la tendance prédatrice de la consommation irraisonnée, alors on mesure la nature du défi auquel nous devons nous affronter.

Couverture rectoC’est en se détournant de la Grande Distribution, en soutenant l’agriculture paysanne, en rejoignant les circuits courts déjà existants et en en créant de nouveaux, en rejoignant les associations et les médias alternatifs qui combattent le consommationnisme, que les consommateurs citoyens se doteront des moyens du changement devenu impérieux.

C’est pour toutes ces raisons et d’autres encore que ce nouveau guide n’est pas un guide habituel. Il vous propose de rompre justement avec les habitudes, de sortir des sentiers battus par les recettes à bon compte de la consommation timidement raisonnée. Consommer responsable, c’est d’abord prendre son autonomie en réaction au prêt à penser dans lequel trop souvent nous nous coulons. Vous trouverez dans ce guide des plus originaux une foule de choses qui devraient contribuer à changer votre regard sur la nature même de votre consommation. Et peut-être votre regard sur les autres, car consommer responsable, c’est aussi ne plus consommer tout seul dans son coin. Pour tous ces trésors, il faut remercier Marie-Noëlle Budini qui a coordonné les travaux conduisant à la réalisation de ce guide, fruit de plusieurs années de consommation responsable vécue et de collecte d’informations allant dans le sens de cette dernière. Pour conclure ce trop court avant-propos par une note toute personnelle, je tiens à dire ma fierté d’avoir travaillé aux côtés de Marie-Noëlle au sein d’Action Consommation. Je souhaite bon vent à ce guide, le vent du large que requièrent les défis que nous souhaitons relever. Nous entendons aussi aider à construire avec vous « la politique de civilisation » si chère à Edgar Morin, autre membre d’honneur d’Action Consommation, à qui nous empruntons le concept de consommationnisme. Pour la bonne cause.

Yann Fiévet
Co-fondateur d’Action Consommation
Président de Toutlemondilaibio

(mis en ligne en avril 2011)

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